26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 20:58

Carte Woburn Bay

 

 

Woburn BayC’est Laurine qui vous parle de Grenade, à Woburn Bay. J’étais en train de fumer tranquillement une cigarette accompagnée d’un pastis, profitant de la brise pour rafraichir cette chaude heure de midi quand j’entends le bruit d’un grain, et je le vois, droit devant moi, à quelques mètres. Vite, on ferme les écoutilles. Le vent se met à souffler dur, et la pluie tambourine sur nos têtes. J’en profite pour commencer cet article, mais le voilà déjà fini, le grain. Tant pis, je continue. Alors nous sommes le 25… Hier soir nous naviguions de St Georges, la capitale de Grenade jusqu’à cette baie qui ne semble pas nous accepter. En effet, papa a passé une bien mauvaise nuit, l’ancre dérape, les grains fusent (personnellement, je me suis endormie comme un bébé et ne me suis réveillée qu’une fois pour arrêter la trombe d’eau qui me flottait dessus).

 

 


Rencontres2.jpgBon, pour raconter toute l’histoire il faut revenir quelques jours en arrière, à Carriacou. J’étais en train de me baigner, à Tyrell Bay, quand un bateau s’approche, 2 garçons dessus, qui me préviennent qu’une soirée doit avoir lieu au Lambi Queen ce soir (on était alors le 21). Après 2 semaines d’abstinence de fête, je décide cette fois d’y aller. Ils me précisent que l’équipage martiniquais de 2 catas, arrivés dans l’après-midi, doivent venir. Le dîner avalé et presque digéré, je me rends donc à la rencontre des jeunes désignés et leur demande s’ils se rendent bien au Lambi Queen.  Ils y vont, j’en prend quelques uns dans mon annexe (ils sont une quinzaine pour 2 annexes, je suis seule sur mon « big boat ») et on se rend, lampe frontale allumée, vers la plage pour beacher les annexes. Personne ne sait où est le Lambi Queen, mais nous nous guidons rapidement à la musique. Nous arrivons dans un petit bar dont on peut compter les occupants sur les doigts de la main. La troupe de Békés est la bienvenue ! Békés est le nom donné aux blancs implantés depuis plusieurs générations en Martinique. Moi, je suis une Zozo, une zoreille, ou une métro, qui débarque du continent. Ils sont tous supers, on danse et boit jusqu’à plus soif, avec les gens d’ici. Bref, une super soirée, qui s’est terminée sur un de leur cata, sous l’orage. Ils m’expliquent que tout les ans, les Békés, qui sont comme une grande famille en Martinique, organisent un SeaTrip dans les Grenadines. Cette année, ils ne sont qu’à 2 catas, l’année dernière ils étaient à 14 !!! J’imagine le carnage… avec envie ! Je pars me coucher à 4h et des brouettes en leur promettant d’essayer de convaincre l’équipage d’aller à White Island le lendemain, une île splendide parait-il. Le lendemain, pas besoin de convaincre qui que ce soit, c’était notre destination.

 

Rencontres1

 

 

Une fois mouillés, j’enfile PMT et pars rejoindre la joyeuse troupe au bord de la plage. Je vois de nouvelles têtes avec qui je fais rapidement connaissance. Plus tard, la famille débarque sur l’île, avec son lot de petits brénics qui viennent s’accrocher dans mon dos. Les autres sont ravis, des petites filles, c’est comme des jouets, on peut les lancer en l’air, ça rigole et en plus c’est mignon. Mais il est vite temps de partir, je dis adieu à mes nouveaux amis éphémères, et nous repartons à bord de Camille qui lève l’ancre pour Grenade.


Nous sommes le 22, nous quittons donc White Island et arrivons une looongue sieste plus tard à Halifax Harbour.

 

Sous-grenade.jpg

 

HalifaxComme son nom ne l’indique pas, c’est une baie sinistre, entrecoupée de fils electriques, tombés au gré de tempêtes, et notre seul voisin est… une épave. Après diner, pas rassuré par un feu non identifié sur la berge, le capitaine décide de lever l’ancre et de rejoindre St Georges, la capitale de Grenade.

 

L’arrivée de nuit est plus que tendue, le capitaine ne voyant rien dans le noir, et les feux n’étant pas très visibles… On arrive tout de même sains et sauf dans la marina du Lagoon, qui est en train de se transformer en complexe de luxe… Ca fait cher la nuit, surtout quand on se rend compte le lendemain qu’on pouvait mouiller à la sortie de la baie. Enfin, c’est ça de ne pas avoir de cartes à jour !

Saint-Georges est un coup de cœur, une ville toute escarpée autour de la baie, où domine le Fort Georges construit par les Français, et où cohabitent des batiments de tous styles et de toutes époques. Je dois le dire, ça fait du bien de retrouver l’ambiance citadine !


Au-ponton-St-Georges.jpg

 

Il faut du courage pour grimper les rues de St Georges ! C’est haut, et ils n’y vont pas quatres chemins pour tracer les rues ici. Nous tombons sur moult bâtiments aux vitres cassées, aux toits écroulés… Nous entrons dans une église à ciel ouvert, elle est quasiment en ruines, mais une femme rentre et continue de fleurir l’autel. Un peu plus loin, la Parliament House est dans le même état. Je prend une photo et une femme s’arrête : “are you interested by historical things in here ?” Elle m’apprend qu’il y a eu un ouragan en 2004 et que l’île a du mal à s’en remettre, elle-même, vivant à New-York aujourd’hui, collecte des fonds dans son université pour remettre en état l’église que nous visitions quelques minutes plus tôt. Elle a l’air d’aimer son île, et on la comprend !

 

Rencontres1-copie-1.jpgPlus tard, les filles sont fatiguées, je décide de rester en ville pendant que la petite troupe part à la piscine de la marina.

 

En haut, je rencontre Bertrand, un rasta aux dreads les plus longues que je n’ai jamais vu ! Elles lui arrivent aux chevilles. Après discussion, je lui propose de m’accompagner dans ma promenade. Bertrand (à prononcer Beurtron) est un phénomène, il salue une personne tout les 20m et semble connaître la moitié de la ville ! Après achat obligatoire de cartes postales (je dois en être à une vingtaine envoyée maintenant), on part vers le fort Georges, sur lequel Bertrand n’est jamais allé. Je lui demande pourquoi, il m’explique qu’il ne préfère pas s’approcher du poste de police qui trône maintenant au pied du fort. En tout cas, de là-haut, la ville est magnifique, un patchwork de couleur ! et de l’autre côté, la mer, à l’infini, ponctuée d’îles déjà visitées ou encore à découvrir.


St-Georges.jpg

En redescendant je m’arrête devant des tableaux aux couleurs chatoyantes, Bertrand m’explique que c’est un ami d’enfance, avec qui il était à l’école qui peint ça. Nous rentrons dans la galerie et je rencontre Freddy Paul, un peintre d’ici. Nous parlons des heures, de peintures, de couleurs, de poésies, d’architecture, de la vie… Il m’explique sa peinture, qu’il met toutes les caraïbes dans son travail, parce que ce sont ses racines, ce qu’il a dans le cœur, qu’il exprime directement à travers les scènes quotidiennes qu’il peint. Je tombe sous le charme, même s’il n’est pas sans se vanter d’avoir vendu 3 de ses tableaux à la famille royale d’Angleterre (rien que ça !) et d’avoir peint une scène pour des timbres qu’on trouve maintenant dans toutes les Grenadines. Bon, c’est vrai, il y a de quoi se vanter… Je retourne au bateau, plein de bonheur dans les yeux et dans le cœur.

 

St-Geoges-2.jpg

Le soir, à l’apéro, un vieux barbu nous accoste et nous demande si nous n’avons pas de livres à échanger, ou si nous ne somme pas intéressé par sa « machine à coudre ». Quelques mots plus tard, papa lui lance avec son tact habituel : « Bon ! Vous ne voulez pas monter, vous me donnez le tournis à ramer dans tous les sens ». Le barbu est en effet dans une vieille barcasse à rame et n’ose pas même s’accrocher à notre navire. Monté à bord, on apprend que le vieux barbu s’appelle Guy, il a 65 ans et est échoué à St Georges depuis que son bateau, de son propre plan, a été cycloné en 2004. Ce vieux bonhomme a tout quitté en métropole pour venir s’installer dans ces îles. Il n’est pas avare de ses histoires, qu’ils gonflent à tout va pour impressionner ou faire rire. Un sacré personnage. On comprend malgré ses fanfaronnades qu’il ne doit pas manger à sa faim tout les jours, même s’il n’est pas à court d’idée pour gagner quelques menues monnaies. On l’invite à dîner avec nous, il ne veut pas déranger, mais les filles viennent en renfort pour le convaincre de rester. Ils nous abreuvent de ces histoires pendant tout le repas, c’est un sacré bavard.

 

Voyage-aux-Isles.jpgIl nous apprend en deux croquis la navigation astronomique (au sextant), et me conseille une bonne dizaine de bouquins d’aventuriers en tout genre, navigateurs plus ou moins fou, d’histoires sur les îles. Je ne peux pas lui échanger mon bouquin du moment, 1984, car je ne l’ai pas fini. Mais quand, en partant, il me tend un pavé – Voyage aux Isles, chroniques aventureuses des Caraïbes 1693-1705, du Père J-B Labat - je me promets de finir 1984 dans la nuit pour lui apporter le lendemain. Couchée un peu tard pour ce faire,  d’ailleurs je vous conseille vivement ce livre d’anthologie si vous ne l’avez pas déjà lu, le réveil est difficile. Je repars à terre pour faire quelques courses de fruit et d’anti-moustique que nous n’avions pas trouvé la veille. Je profite de la clameur de la ville, j’aime l’ambiance, les gens se parlent d’un bout à l’autre de la rue, se saluent, de la musique fusent de partout, je me sens bien à St Georges et prend conscience que je suis réellement une citadine et que je ne pourrais m’épanouir que dans cette ambiance populaire. Une fois toutes les denrées trouvées (ce qui n’est pas évident croyez-moi !), je reprend l’annexe et pars à la recherche du bateau de Guy, il nous avait parlé d’un bateau vert en acier mouillé dans le Lagoon. Je n’ai pas de peine à le trouver, c’est un vieux bateau rouillé de partout, avec un bordel monstre entassé sur le pont (des récup’ qu’il espère bien vendre) duquel sort le Guy toujours barbu et bedonnant. Un grand sourire éclaire son visage, je me doute qu’il ne pensait pas me revoir. Je lui sors mon cadeau, puis s’en suit une interminable discussion sur la vie dans les îles, les femmes… Ah les femmes ! Il les aime les femmes ! Mais je coupe court car je dois rejoindre Camille pour le départ.   

Comme j’ai mis un peu de temps pour finir cet article, nous sommes aujourd’hui le 26. Hier nous étions à Grenville (nous avons quitté Woburn Bay vers 15h). Guy me disait la veille que Grenville a l’ambiance de St Georges d’il y a 40 ans.

 

En-route-pour-Grenville.jpgL’arrivée dans la baie est corsée, des récifs de coraux occupent la totalité de la baie, ne laissant qu’un chenal bien étroit et tortueux pour arriver à la zone de mouillage. On s’avance entre les déferlantes, c’est aussi beau que prenant.  La baie est magnifique, on mouille à côté d’une plage brune tout en longueur. Du bateau, on a l’impression que c’est minuscule, on a pas l’habitude, ici, c’est plat ! Je descend à terre avec Virginie, papa a mal à l’oreille, les filles préfèrent rester jouer à bord. On accoste au ponton, juste en face, c’est le Fish Market, un grand bâtiment recouvert de céramique. Les bateaux de pêcheurs se succèdent, retournés à terre, ou amarrés aux bouées. Quand on sort du port, on se rend compte de la pauvreté de l’endroit. Les bâtiments ne sont pas en bon état, comme toujours, nous croisons des ruines sur notre route.

 

Grenville.jpgMais nous sommes surprise, l’hypercentre est plus grand que ce que nous laissais deviner nos premières impressions. Il consiste en 2 rues parallèles ou se succèdent boutiques, banques, police station & co. La deuxième rue (par rapport à la mer), c’est le marché. Ici ce sont stands de culottes de toutes les couleurs, boutique de location de dvd, fruit et légumes. Comme toujours les gens nous hèlent dans la rue, hey beatiful, hey sugar, ladies, un homme me demande même mon numéro pour « qu’on se rapproche, et que je le ramène avec moi », je lui demande où, il me répond : « je ne sais pas ! tu habites où ? - en France – Ah la France ! ça me va très bien ! » Bon, si à 40 ans je suis toujours vieille fille, je sais où trouver mari !


Voilà, ce matin nous repartions en mer après avoir fait la clearance à Grenville, nous nous dirigeons maintenant vers Petit Saint Vincent, la navigation est très agréable, il fait soleil et il y a de l’air. Bonheur…

 

 

Albums photos associés

22 août - Tyrell Bay - White Island - Grenade

23 août - Saint Georges (Grenade)

24 août - Saint Georges - Woburn Bay (Grenade)

25 août - Woburn Bay - Grenville (Grenade)

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commentaires

E
<br /> Euh, j'avoue Laurine que Pascal n'a pas tort sur ce coup là...je suis aussi bien placée pour te dire que ce n'est vraiment pas bon....(cela remet aussi en question ta fécondité). Gros bisous<br /> (d'amour, sinon nos propos n'auraient pas de sens...)<br /> <br /> <br />
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P
<br /> By the way Laurine. Cigarette + contraception = Cancer du sein et/ou poumon-larynx garanti avant 50 ans ! Je sais c'est pas drôle et çà fait tâche dans tes beaux compte-rendus de voyage, mais j'en<br /> vois trop autour de moi en ce moment pour t'épargner cette remarque. J'ai appris que tu vas passer quelques temps chez Charles-Alexandre. C'est une excellente idée. Profites en pour lui expliquer<br /> qu'il est loin d'être le plus malheureux de la terre.... et puis continues ce carnet de voyage, je suis sur que grâce à sa petite voiture passe-partout, vous allez pouvoir nous faire partager des<br /> supers ballades sur l'ile.<br /> Bises à tous et beaucoup de courage à ceux qui vont rentrer chez les fous.<br /> Pascal<br /> <br /> <br />
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E
<br /> Merci Laurine pour cette belle ballade en ta compagnie! C'est un plaisir de te lire! Quel beau voyage, de plus ton caractère joyeux et ouvert t'a permis de faire de bien belles rencontres... Gros<br /> bisous à tous<br /> <br /> <br />
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P
<br /> Encore une très belle narration Laurine. Juste un détail, quand tu auras 40 ans, ton courtisan en aura aussi 20 de plus....<br /> Bises à tous l'équipage !<br /> Pascal<br /> <br /> <br />
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