Putains de grains ! pas fermé l’œil de la nuit. Dès qu’un grain arrive il faut fermer les « écoutilles » comme dit Céleste, et il faut rouvrir dès que possible sous peine de finir cuit à la vapeur tellement il fait chaud dans les cabines.
On ressent là très nettement la différence de climat entre le sud des grenadines où le climat était plus sec et ensoleillé et la côte sous le vent des îles plus au Nord (Bequia, St Vincent, Sainte Lucie) où le relief retient les nuages qui nous déversent leurs trombes d’eau sur la tête.
Quel dommage de ne pas avoir de récupérateur d’eau de pluie, on remplirait les réservoirs en quelques minutes. A la place, on profite des heures de moteurs pour faire tourner le dessal. On en est quand même à 2200l consommées depuis le départ, ça fait environ 20l par jour et par personne.
D’ailleurs je dirais « quel dommage » sur pas mal de points sur ce bateau, mais j’y reviendrai plus tard, en conclusion de la croisière.
Georges est de retour ce matin. Avec son maillot de foot de l’équipe de France, son gilet de sauvetage Plastimo flambant neuf et sa casquette Mastercard. Georges est habillé par les bateaux de passage. On lui a même offert des chaussures pour aller à l’école. Comme les grains se succèdent ce matin, Georges a également mis son ciré jaune. Mais Georges est très gentil et on sent aussi qu’il nous observe avec curiosité et envie.
Geoges ne dit jamais « Pourriez-vous me donner ceci ou cela ». Georges est le média de sa maman. Il dit toujours : « ma maman m’a dit de vous demander si… ».
On s’attend presque à ce qu’il nous demande de l’emmener avec nous. Bref Georges est « LA » rencontre de cette étape, on repassera peut-être le voir en redescendant la semaine prochaine, où en remontant la semaine suivante, on verra.
On demande à Georges où vont tous les bateaux avec 6 à 8 hommes à bord qu’on prenaient la veille pour des pêcheurs. Georges nous répond sans gêne aucune qu’ils vont dans le bush chercher la Marijuana… Sa maman ne veut pas qu’il aille avec eux parce qu’il est trop jeune, c’est pourquoi il fait le tour des bateaux de passage.
Ce matin on part à la pêche avec Léo et Lucas, le coin a l’air poissonneux. Peut-être est-ce dû aux pêcheurs locaux qui préfèrent l’herbe aux poissons ? On attrape rapidement une petite bonite avec le leurre tout neuf que je viens d’installer. A peine la ligne remise à l’eau, le fil se coince entre le tambour et le corps du moulinet et finit par casser. Arg, mon bas de ligne tout neuf !! Léo a ensuite une grosse touche mais il la perd en remontant la ligne. Un peu dépités, on rentre au bateau pour une dernière baignade avant le départ vers Sainte-Lucie.
La navigation dans le canal de Saint-Vincent est assez mouvementée avec une mer très agitée à partir de « Baleine point » mais ça se calme rapidement et c’est ensuite très tranquille sous le vent de Sainte-Lucie après le passage du « Moule à chique Cape ». J’en profite pour piquer un somme et récupérer de ma nuit mouvementée. Hervé prend le « commandement » du vaisseau…
L’équipage a complètement changé de comportement durant les nav, tout le monde était prostré au départ, surtout si ça bougeait un peu. Maintenant chacun vaque à ses occupations. C’est pour Cannelle que le changement est le plus flagrant. Il est loin le temps où elle pleurait à chaudes larmes, quasi terrorisée. C’était il y a 12 jours…
L’arrivée dans l’anse des deux pitons est particulièrement musclée. Le vent déboule entre les 2 pitons et souffle en rafales à plus de 25 nœuds, on choque les écoutes, le bateau accélère à plus de 10 nœuds. Mais on n’est pas là pour faire les marioles, on est en famille, on décide de tout affaler et de finir tranquillement au moteur, ce qui nous permettra de mieux apprécier le paysage grandiose de ce mouillage.
Le mouillage sur bouée est obligatoire et les boat boys nous attendent pour nous donner l’aide indispensable (c’est vrai qu’on ne sait pas attraper une bouée tout seul…) contre quelques EC$. Il restera à régler les 54 EC$ de redevance aux Marine Ranger quelques minutes plus tard avant de pouvoir enfin se poser.
Ici, l’internet est à haut débit, ce qui me permet de mettre le blog à jour (enfin les pages des jours précédents, j’ai toujours un peu de retard !). Ca sera d’ailleurs notre dernière connexion internet avant l’arrivée Dimanche au Marin où je suis en train d’écrire ces lignes… Mais plus on se rapproche de la civilisation plus les connexions gratuites sont rares. Au Marin on a le choix entre le WIFI payant de la capitainerie (les places au ponton ne doivent pas être suffisamment chères comme ça…) ou le WIFI gratuit du Mango Bay, célèbre bar de la marina, mais à la portée très limitée (en fait limitée aux murs du bar lui-même), pas bêtes…
Finalement le vent se couche avec le soleil et on passera une nuit paisible au pied de luxueuses « Guest Houses » noyées dans la verdure luxuriante. On est vraiment dans un décors de bout du monde.